La génération précaire prend la parole

loi el komri

Billet publié initialement sur Politis

Le succès de la pétition sur change.org contre la proposition de loi El Khomri et l’ampleur du mouvement étudiant dans le pays nécessitait que l’on donne la parole à ces jeunes en colère. On parle tellement d’eux à leur place en expliquant qu’ils ne se sont pas réellement penchés sur cette loi. Leur indignation serait au mieux une posture, au pire une instrumentalisation des méchants adultes gauchistes. Voici donc des témoignages sans filtre, sans sélection non plus d’une jeunesse dépitée, une génération pour qui la précarité est déjà la norme…

Qui sont ces jeunes interrogés ?

Vu de mon collège, pondre un billet sur ce mouvement étudiant qui s’annonce était impossible. Je ne peux m’empêcher de penser à cet élève de troisième qui m’avait expliqué, il y a 10 ans, qu’il avait bloqué le collège avec ses camarades contre la CPE trop méchante (comprenez la conseillère principale d’éducation). Le contrat premier embauche c’était du chinois pour lui. Il me fallait m’adresser aux niveaux supérieurs pour connaitre le ressenti de cette jeunesse face à cette proposition de loi réformant le code du travail. Je suis ainsi parti à la recherche de mes anciens élèves et Facebook m’a facilité la tâche. Seul hic, je n’ai pas d’ « amis » lycéens, ma seule condition pour accepter ou demander leur amitié sur ce réseau social étant qu’ils soient majeurs. Sur 35 anciens élèves interrogés, quatorze ont ainsi répondu à ma requête. Âgés entre 18 et 24 ans, ils sont issus des classes ouvrières ou moyennes. Si certains ont découvert stupéfait la loi en écrivant leur texte (« c’est chaud pour nous ! » ai-je reçu en message privé) la majorité était bien informée. Ces témoignages sont ainsi d’une maturité assez stupéfiante. Une petite majorité (8/14) a signé la pétition sur change.org ce qui donne une réelle indication de l’authenticité de cette démarche citoyenne qui bat tous les records. Seulement trois par contre ont manifesté aujourd’hui (partiels, bloqués par l’absence de transports ou pas intéressés). Tous craignent pour leur avenir, certains évoquent un départ à l’étranger, d’autres le souhait de devenir enseignant par défaut et ceux qui ont un travail décrivent déjà des situations précaires.

Romane, 22 ans, infirmière. Elle n’a pas signé la pétition mais fait la grève pour la première fois de sa carrière et a manifesté aujourd’hui.

« Je suis infirmière depuis 8 mois. Je suis diplômée depuis fin juillet 2015 et j’ai commencé à travailler le 1er septembre 2015 dans un hôpital de la fonction publique à Paris. Le métier d’infirmière a longtemps été un métier où le chômage n’existait pas. Mais depuis une ou deux années ce n’est plus si facile. J’ai été embauché en CDD de 3 mois. Je viens de commencer mon troisième CDD, avec pour objectif la « stagiairisation » à la fin de celui-ci (période d’essai d’un an amenant à la titularisation, ce qui équivaut au CDI dans la fonction publique hospitalière). Les conditions de travail en CDD ne sont pas les mêmes qu’en CDI dans mon cas : pas de primes, pas de vacances… Et puis un quotidien plus incertain : difficulté pour rechercher un appartement, pour se projeter dans l’avenir… Des conditions de vie un peu plus précaires qu’il y a quelques années. Cette loi remet en cause les 35h, diminue l’indemnisation des heures supplémentaires, facilite le licenciement, met en avant les conventions collectives face au code du travail… Les patrons vont pouvoir s’accommoder bien plus facilement avec le code du travail, au détriment de nos conditions de travail et de vie! Alors, Mercredi 9 mars je serai en grève et dans la rue, la première grève de ma vie d’employée. Parce qu’au bout de quelques mois de travail je suis déjà épuisée, et que cette loi ne nous amène pas de belles perspectives pour l’avenir. Je pourrai déjà m’estimer heureuse d’avoir un travail comme me l’a suggéré une de mes supérieures mais je pense qu’il faut-il être capable de se battre pour des conditions de travail décentes. »

Ahmed, 18 ans, en deuxième année de Licence de Maths. Il a signé la pétition.

« Concernant la loi travail, ou plus généralement le gouvernement Hollande, il ne fait que détruire les socles sociaux construits pendant plus de 100 ans. Et moi qui croyais qu’on était sensé faire baisser le chômage. Déjà que le marché de l’emploi ne me semble vraiment pas attractif (surtout pour les jeunes) en France, si le gouvernement poursuit ses réformes à taux zéro de créativité, ça me donne clairement envie de bâtir mon avenir dans un pays voisin, mais pas en France.

En tout cas pour un gouvernement de gauche, on s’en prend des droites ! »

Clara, 20 ans, en deuxième année de Licence de Lettres. Elle a signé la pétition

« Ce projet de loi est une aberration. Je ne pensais même pas que c’était possible de remettre ce genre d’acquis sociaux en question. Pour le coup, ce projet de loi va toucher tout le monde et on va le sentir directement dans notre quotidien. Et comme d’habitude, ce seront les femmes et les minorités qui vont en être les premières victimes : Avec cette loi, un patron peut licencier sa salarié qui tombe enceinte sans même avoir à se justifier. Si demain, je reçois des avances de mon patron ou si mon collègue subit des remarques racistes, on devra la fermer pour être sur de pas être viré, ce qui est déjà un peu le cas aujourd’hui. Et puis que dire de la réforme du temps de travail ? Pour moi, ce projet de loi touche aux libertés fondamentales de tous les travailleurs de France, et si on ne réagit pas maintenant, c’est nos vies entières qui seront affectées. »

Farid, 24 ans, intérimaire à La Poste. Il n’a pas signé la pétition.

« Je suis intérimaire depuis plus d’un an dans un centre de tri de La Poste. Je me fais renouveler de semaine en semaine ce qui veut dire que le vendredi matin, je ne sais toujours pas si je travaillerai la semaine d’après. Cela dure depuis un an et il n’y a aucune embauche en perspective. Je suis un bon élément, je forme des nouveaux mais personne ne se fait embaucher en CDI. Les syndicats me proposent de poursuivre la Poste et de faire ça vite avant que la loi Elkhomri passe. La précarité est difficile à vivre dans un pays qui change tous les jours. »

Martin, 23 ans, étudiant aux beaux-arts. Il a signé la pétition.

« Je ne crois plus au salariat. Quand j’écoute les propositions de cette loi, ça me dégoute encore plus de ce schéma de travail qu’est le salariat. L’État propose cette loi afin de faire baisser le chiffre du chômage à tout prix, quitte à abimer les droits du travailleur. Et pour cela, il emploie une personnalité politique peu connue, afin qu’elle en assume les conséquences dans l’ombre. J’ai 23 ans, je suis étudiant et donc pas encore « dans la vie active » mais je sais que je ne dépendrai pas de ces décisions politiques. Je me destine à une carrière plus libre, sans patron ni horaires. Je pense qu’aujourd’hui c’est la solution pour beaucoup de jeunes, créer son activité sans l’aide des autres, ne pas attendre une proposition de poste du Pôle emploi qui ne viendra pas ou un job idéal. C’est pour moi un moyen d’échapper à toutes ces nouvelles contraintes qu’impose cette loi. Les salariés sont devenus la chaire à canon qu’on utilise pour faire changer les pourcentages qui nuisent à l’image de l’Etat en place. J’ai voté pour François Hollande en 2012, première élection présidentielle pour moi, je pensais à cette époque finir mes études et chercher un job comme les autres. Mais j’ai bien compris que ce n’est pas l’idéal, on est trop dépendant du système, cette loi m’en convainc encore plus. »

Mohamed Bilel, 23 ans, technicien de prévention en sécurité incendie, en CDI. Il n’a pas signé la pétition.

« Étant salarié en tant que technicien de prévention en sécurité incendie depuis deux ans, je risque à l’avenir de pouvoir être licencié sans raisons, par décision arbitraire ou pour un simple désaccord avec ma hiérarchie, et ceci, sans risque réel pour mon entreprise qui devra s’acquitter, au plus, de trois mois de salaire à me verser. Une somme très largement à la portée de cette dernière, d’autant plus qu’aucun des 47 techniciens de notre boîte n’a jamais réussi à entreprendre une bonne relation avec les dirigeants. Étant très procédurier (inspection du travail, CNIL, …) je ne pense donc pas faire long feu dans cette entreprise, si cette loi venait à être votée. En terme d’assurance pour l’avenir, il semblerait que le CDI risque de perdre beaucoup de points, le licenciement étant en phase de devenir une banalité. C’est bien embêtant pour un gouvernement qui ne jure que par l’inversion de la courbe du chômage.

Mais ne sachant pas au bout de combien de renouvellement de CDD, un CDI devient effectif, il me semblerait improbable que notre ministre du travail porte un réel intérêt au sujet. Peu importe le contenu, il fallait pondre un texte, elle l’a fait… »

Amel, 19 ans, en première année de Licence de droit à Montpellier. Elle a signé la pétition et a manifesté aujourd’hui.

« J’ai signé la pétition car selon moi le vote de ce projet de loi aurait des conséquences désastreuses sur le monde du travail. Cette loi réduira les droits des salariés au bénéfice de leurs employeurs (plafond des indemnités prud’homales, modification du temps de travail, « forfaits-jours » étendus aux salariés alors qu’ils étaient seulement applicables au cadres, licenciement facilité…). Toutes ces mesures auraient pour objectif d’inverser la courbe du chômage (« volontaire » selon certains) en appliquant la théorie du chômage néoclassique qui envisage l’emploi comme une marchandise qui s’échangerait sur un marché fictif composé de demandeurs et d’offreurs d’emplois (théorie reposant sur le modèle de la concurrence pure et parfaite). On peut également voir ce projet de loi comme une conséquence de notre présence au sein de l’Union Européenne, notamment au regard des articles 32,63 et 121 du T.F.U.E (traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne) ce projet de loi nous montre bien que nous sommes « à la botte » de l’UE à cause des transferts de souveraineté et que l’UE finira par devenir un Etat fédéral.

En bref ce projet de loi me fait peur, j’ai peur du moment où j’entrerai à mon tour sur le marché du travail. J’ai l’impression qu’on continue de prendre les citoyens français pour des abrutis. Je suis contre ce projet et je compte manifester ce 9 mars et j’invite tout le monde à faire de même. Et j’aimerais ajouter le fait que je comptais exercer mon futur métier hors de France et que ce genre de politiques ne font que me conforter dans mon idée. »

Imrana , 24 ans, en troisième année d’ostéopathie à Paris. Il n’a pas signé la pétition.

« Je suis actuellement étudiant en troisième année dans une école d’ostéopathie de Paris avec comme projet futur d’ouvrir mon cabinet d’ostéopathe après mes études. Je suis plutôt inquiet de la tournure que prend ce projet de loi pour les jeunes qui sont aux portes du monde du travail. Il rajoute des difficultés supplémentaires sur le marché du travail pour décrocher un CDI, qui d’ailleurs n’en serait plus un si la loi est votée. Les salariés ne seront plus à l’abri d’un licenciement sans motif réel et un juste dédommagement de leur perte. Ce texte de loi est pour moi un renforcement de l’esclavage salarial moderne et autorisé par le gouvernement. Une fois de plus, le pouvoir est donné aux patrons. Il est clair que la priorité du gouvernement n’est plus de faire baisser le chômage mais de permettre de faire plus de chiffre d’affaire aux entreprises au détriment des salariés. Les travailleurs doivent accepter de travailler plus et perdre les avantages sociaux, dans un contexte où le pouvoir d’achat ne croît pas. On se demande bien où se trouve la « justice sociale » chère à la gauche. »

Leland, 20 ans, en première année de Licence de biologie à Paris. Il a signé la pétition.

« En tant qu’étudiant de biologie, mon ressenti sur mon avenir professionnel est assez pessimiste. Après avoir échoué en PACES (Première année commune aux études de santés), nous sommes des centaines à s’être réorientés en biologie. Le contraste surprenant entre la grandeur de cette discipline qui est très vaste et le peu de débouché qui nous sont proposés illustre bien selon moi la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Pour moi, très peu de chance de trouver un emploi après ma licence, et des chances assez réduites et peu avantageuses (statut, salaires) au niveau Master 2. Le meilleur choix serait la licence ou master professionnalisant(e), mais très peu de choix dans le secteur biologique nous sont proposés à l’heure actuelle, mis à part l’enseignement qui devient de plus en plus une voie de sortie d’un système encore trop bancal. Après avoir lu le projet de loi de la ministre El Khomri, mes perspectives d’avenir professionnel se confirment une foi de plus comme étant assez sombre. Je me demande comment je vais pouvoir dans plusieurs années acquérir un CDI dans un contexte comme celui-ci. Je ne pourrais pas manifester demain à cause des partiels. »

Météhan, 20 ans, en seconde année de DUT génie électrique et informatique industrielle à Cachan. Il a signé la pétition et a manifesté aujourd’hui.

« Etudiant en IUT GEII, il ne me reste qu’un an avant d’entrer dans la vie active. Cette réforme est selon moi un poids pour les étudiants voulant travailler. En effet, en terme de temps de travail, on pourra dépasser les dix heures maximum de travail quotidien et donc un plafond de 218 jours travaillés par ans. C’est effrayant a mon avis. Je suis donc contre. C’est une pression supplémentaire pour les futurs actifs et une porte qui s’ouvre pour le « cassage de dos » légalisé. »

Alexandre , 23 Ans, responsable des ouvertures de compte et des nouveaux clients dans une société américaine en CDI. Il n’a pas signé la pétition.

« Nous avons besoin de réforme qui pousse à l’emploi, au lieu de ça, nous avons des réformes qui poussent au contraire au licenciement de la part des employeurs. Et je ne comprends pas ! Alors bien évidemment, cela n’est pas exposé de cette manière, on nous dit que faciliter les licenciements peut favoriser l’emploi. Mais quel type d’emploi ? Quand on sait que 89% des jeunes qui rentrent le monde du travail, signent un contrat en CDD, cette réforme décourage l’embauche en postes stables et contribue à la segmentation du marché du travail. Donc oui il y aura de l’embauche à tout va, mais ce ne sera que purement et simplement du turnover, au détriment des postes en CDI.

Et le deuxième point qui est une aberration dans cette proposition de loi, c’est la facilité pour les employeurs de licencier. Nous savons tous que les sociétés qui veulent licencier ne se gênent pas pour le faire ! (Air France, Goodyear…). Le prétexte de licenciement économique, est, en sous-marin, un moyen pour l’employeur de se séparer gentiment de son salarié sans risque pénal. De toute manière, que peut faire un salarié contre un grand groupe ? Où peut-il aller ? Et bien il peut aller se faire juger au tribunal correctionnel, comme les salariés d’Air France, qui ont manifesté, parce qu’un « plan de redressement » a prévu la suppression de 5000 emplois. Nous avons juste le droit de fermer notre g* et de se faire mettre à la porte, avec le sourire ! Les dédommagements accordés par les prud’hommes aux travailleurs du privé victimes d’un licenciement abusif seront plafonnés. Les employeurs payeront aux salariés 3 mois de salaire en cas de licenciement non justifié.(deux ans d’ancienneté avec la société). Et cela permettra aux sociétés de dégager encore plus de bénéfices pour les actionnaires, avec des dividendes qui augmentent chaque année. Car moins de salaire signifie plus de bénéfices NET Il n’y a plus aucune égalité, les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres.

Les Français se sentent lésés par cette politique à contre sens. La France n’a plus aucune confiance en son gouvernement, forcément les jeunes ne s’y intéressent plus, à quoi bon ? A Force d’avoir trop bu leurs paroles, nous sommes saoulés. »

Manel, 22 ans, en première année de Master des métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation 1er degré à Marne-la-Vallée. Elle a signé la pétition.

« J’ai entendu parler de la loi El Khomri tout d’abord dans le journal télévisé. J’ai par la suite lu quelques articles expliquant les grandes lignes de cette « simplification du code de travail ». On voit très vite que ce qui ressort est qu’il y a une simplification du licenciement. Cela m’a mis hors de moi, en effet même si cela n’indique pas que les employés seront licenciés à tout va, cela m’inspire guère confiance. Je comprends lorsque certains évoquent des arguments comme «le licenciement devient plus facile mais l’embauche aussi.», mais pour moi cela ne fera générer qu’un stress supplémentaire dans certains emplois par peur du licenciement abusif… Mais ce qui m’a le plus étonné, c’est la modulation du temps de travail. Quand je regarde les choses que j’ai vues sur cette loi, j’ai l’impression d’avoir à faire à un retour en arrière. En tant qu’étudiante je me pose beaucoup de questions quant à mon avenir. En effet j’ai choisi de m’orienter vers un master MEEF me préparant au CRPE (concours de recrutement de professeurs des écoles) afin de devenir professeur des écoles. C’est un métier qui m’intéresse beaucoup, mais le fait qu’il y a ce que j’appelle « la sureté de l’emploi » m’a fortement poussé à faire ce choix. En effet j’avais peur de ne pas réussir à trouver un emploi en terminant mes études par un master de commerce à l’université sans passer par une grande école de commerce. Aujourd’hui en voyant ce que le gouvernement risque de faire, je me dis qu’au delà d’avoir trouvé ma voie, j’ai bien fait de ne pas suivre des études qui m’auraient mené vers un marché du travail qui risque de devenir encore plus compliqué avec autant de pouvoir pour les entreprises. J’ai signé la pétition mais par contre je n’irai pas manifester parce que je travaille à temps partiel, notamment le mercredi, et ça me ferait perdre trop d’argent ! »

Anis, 19 ans, en première année de médecine à Paris. Il a signé la pétition.

« Ca me choque un peu car on dirait que tout le monde est vraiment touché par l’évènement ! On n’entend parler que de ça, il parait même qu’un blocus est organisé demain par des militants dans ma fac. J’avais vu la pétition sur Facebook et en lisant un peu, j’ai compris qu’il fallait qu’on agisse, et je l’ai donc signée. Mais au fond de moi, je pense tout de même que ça ne servira à rien car dans l’oligarchie qu’est en train de devenir la France, les faibles ne font que subir les décisions des gens haut-placés. A moins d’un cataclysme, ça restera toujours comme ça dans notre beau pays car les évènements font évoluer les moeurs dans la mauvaise direction. »

Romuald, 19 ans, en  première année de Licence de droit à Valence. Il n’a pas signé la pétition.

« Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où la France compte des millions de chômeurs et où les RH (ressources humaines) recalent des personnes en prétextant qu’elles sont « surqualifiées » mais ils n’acceptent pas non plus les gens sans diplômes. Notre génération à peur de se lancer dans des études car rien ne nous dit qu’on trouvera un emploi par la suite. Pour que notre génération se fasse entendre, il faudrait un deuxième 1789 »

Ici Mantes-la-Jolie, les banlieusards parlent aux banlieusards

wp-1455970265970.jpg

Billet paru sur le site Politis.fr le 18 février.

Le film « Ils l’ont fait »  réalisé par quatre amis originaires de Mantes-la-Jolie est en tournée dans toute la France. Par le biais de l’humour, il cherche à réveiller la citoyenneté d’une jeunesse de banlieue bien endormie. Présentation d’une œuvre d’intérêt civique.

La suite en cliquant ci dessous.

http://www.politis.fr/blogs/2016/02/ici-mantes-la-jolie-les-banlieusards-parlent-aux-banlieusards-34006/

On n’est pas des « Francais-Francais » Monsieur !

français français

Ma dernière tribune sur Politis, un cours d’éducation civique avec des élèves de troisième suivi d’un débat sur la nationalité française et le sentiment d’être Français.  Est mis en avant le côté contre productif de cette proposition de déchéance de nationalité alors que ces adolescents sont en pleine construction de leur identité.

Source: http://www.politis.fr/articles/2016/02/on-nest-pas-des-francais-francais-monsieur-34061/

Mélenchon: « La déchéance de nationalité ne tient pas compte de la spécificité du peuple Français »

melench

Suite au passage dans l’émission de Canal + Le Supplément, où il fut invité avec trois de ses camarades à interroger le ministre de l’économie Emmanuel Macron, Zachary, élève de troisième, eut l’opportunité de rencontrer Jean-Luc Mélenchon. La raison ? Il  déclarait dans le petit reportage précédant l’entretien avec Emmanuel Macron avoir lu le livre « Le hareng de Bismarck » et fit preuve d’une maturité politique exceptionnelle face à Emmanuel Macron, ce  qui attira l’attention du député européen. La rencontre a eu lieu le jeudi 14 janvier et en tant qu’apprenti journaliste au Petit Corot, le journal de son collège,  Zachary a pu interroger Jean-Luc Mélenchon sur  deux sujets au cœur de l’actualité: le prolongement de l’état d’urgence et la déchéance de la nationalité.

 

Trouvez-vous que le gouvernement a bien géré la crise sécuritaire juste après les attentats ?

Je suis certain qu’il a fait du mieux qu’il pouvait, qu’il croyait qu’il était bien d’agir comme il agissait. Evidemment,  maintenant nous avons un peu de recul et nous pouvons donc avoir un bilan plus raisonné.

Etes-vous pour le maintien de l’état de l’urgence ? Pensez-vous qu’il est utile de le prolonger  ?

Décréter l’état d’urgence fait partie des moyens dont dispose un gouvernement face à une crise aussi sévère qu’un meurtre de masse comme celui du 13 Novembre.

Décider de le prolonger est une décision qui n’est pas rationnelle car les raisons de le prolonger n’ont pas été exposées et que les risques de dérive ont tous été concrétisés.

Il y a eu des dizaines de perquisitions, d’interpellations et pour l’instant il n’y a qu’une ou deux personnes  qui ont été déférées au parquet,  ce qui veut dire que la plupart de ces actions n’avaient pas de base de départ suffisante.

Nous sommes dans un Etat de droit et toute cette matière première que sont les interventions et les perquisitions vont constituer la base de l’intervention des juges. Car à la fin, ce sont les juges et pas les policiers qui décident.

Dans ces conditions, si les choses ne sont pas faites dans les formes, tu peux avoir de véritables délinquants qui n’ayant pas été saisis dans les formes requises vont être vite relâchés pour vice de procédure.  Je ne dis pas ça pour imputer telle ou telle dérive du gouvernement mais  pour dire qu’on s’illusionne quand on croit que quand on fait vite on fait bien, que quand on se passe de juge les choses vont mieux. C’est l’illusion de la rapidité.

Sur le déroulement,  l’attentat a eu lieu le vendredi soir, le président est sur place entre minuit et une heure du matin puis il est intervenu devant le congrès et le parlement  français le lundi suivant à 16h.

Entre le vendredi et le lundi, il invente une réforme de la constitution dans laquelle d’une part il propose de constitutionnaliser l’état d’urgence ce qui est un peu énorme, mais surtout il décide que des gens  nés Français et pas naturalisés pourraient être déchus de leur nationalité française s’ils en ont  une autre.

melench

La déchéance de nationalité est-elle  la meilleure  chose à faire pour combattre le terrorisme ?

C’est une décision totalement hâtive, irréfléchie qui ne tient aucun compte de la spécificité de la définition du peuple français, de la nation française et de la République Française.

Ce qu’il  fait est très grave puisqu’il  créé une catégorie qui est le « français de souche », celui qui n’ayant aucun ascendant  étranger ne pourra jamais être déchus de sa nationalité et il  créé une autre catégorie de français , les français « étrangers de souche »  en quelque sorte  parmi lesquels il y aura un nombre considérable de français car on dit qu’un  de nos ancêtres  sur huit est un étranger. Nous sommes un pays qui a toujours été une terre d’immigration et de circulation à cause de la position particulière que l’on a au bout du continent.

La déchéance de la nationalité n’a aucune efficacité et  il n’y a pas besoin de la remplacer par autre chose. Il faut tout simplement renoncer à une idée aussi stupide.

Etre binational n’est pas une situation juridique, il n’y a pas écrit sur ta carte que tu es binational, il y a écrit que tu es Français. Binational est une situation de fait, tu as deux passeports.  On peut se dire que l’on a qu’un seul passeport, mais si ton père ou ton grand père était marocain, pour le roi du Maroc tous les enfants de marocain sont marocains donc tu peux être  binational sans le savoir et sans le vouloir. Mais par respect pour tes ancêtres, tu ne vas aller dire : « je ne veux rien savoir de tout ça ».

Ce qui a été décidé est très grave car cela va à l’encontre d’une idée essentielle qui n’appartient qu’aux Français. Nous formons un seul peuple de gens égaux entre eux,  en droit, absolument égaux.

Longtemps, il n’y a eu que les hommes égaux, maintenant c’est les hommes et les femmes : on a pris beaucoup de  temps à devenir égaux et voilà que quelqu’un sur une trouvaille d’un communiquant  qui lui écrit une note créant deux peuples français, c’est insupportable !

Je voudrais essayer de créer un doute, que chacun s’interroge  sur ce que c’est être Français.

Certains pensent assez bêtement que c’est une couleur de peau, on sait que ce n’est pas le cas. D’autres disent que c’est une religion traditionnelle, ce n’est pas le  cas non plus. Il y en a cinq dans notre pays et la deuxième est l’islam. Enfin certains disent que c’est une  culture sans pouvoir nous dire en quoi elle consiste car la culture française est un agrégat de toutes les cultures du monde.  Les français sont les seuls qui parlent français ? Non plus car 29 pays ont pour langue officielle le français.

Par conséquent être français, ce n’est ni une couleur de peau, ni une religion, ni une culture ni une langue.

C’est autre chose et elle est simple : la loi qui nous unit et à laquelle nous nous soumettons. Cette loi est légitime  car nous la décidons tous ensemble, nous sommes tous égaux et votons tous sur le même plan et de la même manière,  dans la même liberté.

Le peuple français est constitué par sa République. Chez nous la République précède la nation. C’est abstrait mais ça vaut la peine d’y réfléchir.

La patrie des Français est une patrie républicaine. Quand ce n’est plus la république, ce n’est plus la patrie des Français. Par exemple,  quand nous avons été occupé par les Allemands pendant la deuxième guerre et qu’il y avait l’autorité de fait du Maréchal Pétain  et bien ce n’était  plus la France. La France « était à Londres dans la résistance puis à Alger ». Cette phrase que je viens de prononcer n’est pas la mienne mais celle du général de Gaulle. Donc nous autres Français républicains nous avons cette vision de l’identité de notre pays. C’est un sujet très abstrait mais très actuel. Tu nais en France, t’es Français point barre ! Ça date de François 1er¹  le premier à avoir établi le droit du sol en 1515 et ce n’est pas François Hollande qui va changer ça !

Comment combattre le terrorisme alors ?

On ne combat pas  le terrorisme car le terrorisme est une idée, on combat des terroristes ça c’est une réalité. On combat par des mesures de police et nous sommes une démocratie. Nous les combattons dans les formes qui sont les nôtres.

Nous ne donnons pas la victoire aux terroristes en procédant à des méthodes de brutes qui seraient leur victoire idéologique.

La principale manière de lutter est de vider les bases d’appui de ces  terroristes et donc de finir les guerres que nous menons, notamment en Irak en Syrie qui sont des guerres avec un contenu pétrolier et capitaliste évidents et où la religion est simplement  un prétexte.

La seconde est dans la manière de nous défendre. Le terrorisme est quasiment imparable. Personne ne sera jamais  à l’abri d’une personne qui décide de poser une bombe  de tirer un coup de  revolver ou de donner un coup de couteau mais ce que nous pouvons faire, c’est défendre les points sensibles du pays alors on le fait tous ensemble.

Personnellement je suis partisan de la conscription,  je n’ai jamais été d’accord pour que l’on abolisse la conscription, c’est-à-dire l’enrôlement de tous les jeunes de notre pays pour le service militaire. Je suis pour un service militaire homme et femme de sécurité civile, pas seulement étendu à des questions de défense mais aussi à d’autres aspects. La réponse à tous ces problèmes est l’action collective, le peuple. Autrefois, pour faire la guerre, tout le monde y allait, pas seulement les professionnels. Pour défendre la patrie, le pays, la République c’est pareil,  il faut y aller tous.

Propos recueillis le 14 janvier à Paris par Zachary, élève de troisième du collège Corot à Chelles.

  1. C’est un arrêt du Parlement de Paris du 23 février 1515 qui accorde la qualité de « sujet du roi de France » aux enfants nés en France de parents étrangers. Cette décision avait été précédée – deux siècles plus tôt par un édit de Louis X le Hutin du 3 juillet 1315 -déclarant libre tout esclave touchant le sol de France. A la Révolution, la notion de nationalité apparaît, et la Constitution de 1791 pose comme principe que« sont Français les fils d’étrangers nés en France et qui vivent dans le royaume ». Supprimé en 1804 par Napoléon Bonaparte, le droit du sol est progressivement réintroduit en 1851 et 1889, pour répondre à des besoins croissants en travailleurs ou en futurs soldats.

Madame Vallaud-Belkacem, fermez des classes mais ouvrez des prisons !

Image1

Il serait temps, madame la ministre,  de décréter l’État d’urgence dans l’éducation.

Cinq classes.

On nous annonce la fermeture de cinq classes dans les trois écoles primaires du quartier où j’enseigne, celui des Coudreaux, à Chelles (77). Cela signifie, potentiellement, le passage de 24 à 30 élèves par classes.

L’enseignement élémentaire est ainsi abandonné par notre chère ministre alors qu’il aurait fallu l’aider davantage pour éviter d’avoir à le faire quand il est trop tard (lutte contre le décrochage, soutien scolaire, formation des jeunes). Avec la fermeture de cinq classes, notre quartier, pourtant classé zone urbaine sensible,  est donc saigné, froidement.

De la sécurité oui, de l’éducation non !

La crise sociétale que traverse notre pays mis en exergue par les récentes attaques terroristes auraient dû nous faire réagir. Les mesures répressives qui ont suivi ces attentats n’ont pas été accompagnées de mesures ambitieuses ni dans l’éducation ni dans les dispositifs étiquetés « politique de la ville ».

Prenons donc ce quartier des Coudreaux pour faire simple et comprendre à une échelle locale le drame qui se trame à l’échelle nationale. Le nouveau maire de Chelles, élu en 2014, a décidé d’installer des caméras dans la cité HLM sensible du quartier afin d’y combattre la délinquance et vient d’annoncer l’arrivée prochaine d’une annexe du poste de police municipale, qu’il souhaite armer. En parallèle, les éducateurs de rue n’ont pas vu leur contrat renouvelé comme dans beaucoup d’autres communes.

Fin 2014 toujours, l’État décide de supprimer le réseau d’éducation prioritaire qui permettait aux collège et écoles du quartier d’encadrer convenablement des enfants issus pour la moitié de catégories socioprofessionnelles défavorisées. L’enseignante qui assurait la cohérence éducative de ce réseau a bien évidemment perdu son poste en septembre 2015 alors que la réforme du collège préconise justement le travail par cycle, la classe de sixième étant la dernière année du cycle 3 nommé « cycle des consolidations » (CM1, CM2 et Sixième). Dans notre quartier, on nous détruit donc le lien qui existait déjà entre le collège et les écoles tout en nous encourageant à renforcer ce lien…

La réussite n’est plus gratuite

« La société est coupable de ne pas donner l’instruction gratis ; elle répond de la nuit qu’elle produit »

Victor Hugo, Les Misérables.

L’une des trois écoles, située à proximité de la cité sous vidéosurveillance accueille également un nombre important d’élèves immigrés, qui découvrent parfois la langue française en classe maternelle. Avec trente élèves par classes, comment une enseignante pourra-t-elle gérer les carences de langage d’une partie de ses élèves d’une part et l’hétérogénéité de sa classe d’autre part, sachant que certains élèves ont autre chose à faire que découvrir les mots de base de notre langue. La classe d’initiation (CLIN) de la ville, qui s’occupait de la prise en charge des élèves primo-arrivants, a aussi été supprimée en 2014, l’école devant se contenter de la venue d’un maitre supplémentaire qui a en charge un autre établissement…

Bien évidemment, les dérogations sont légion et l’établissement privé de la ville se voit dans l’obligation de refuser des élèves en n’oubliant pas de les trier avant. On nous expliquera ensuite que l’enseignement public est de moins bonne qualité. Les cours particuliers explosent aussi pour pallier aux carences de nos établissements. La réussite n’est donc plus gratuite en France et les élèves en difficulté issus des classes sociales défavorisées n’ont pas cette chance d’être secouru individuellement.

Dans ce quartier de banlieue enclavé avec un bus toutes les demi heures pour le centre ville et sa gare RER, où il n’y a pas de bibliothèque ni lieu de culture, l’État renonce donc à relever ces défis si importants : la réussite scolaire, la lutte contre la délinquance et la radicalisation religieuse. Ces maux que l’on stigmatise et que l’on identifie comme un mal inhérent à ses populations de banlieue alors qu’ils ne sont finalement que la conséquence d’inégalités terribles que l’on préfère ignorer.

on ne peut pas apprendre comme ça
Photo de Rafif Rifaï. Manifestation d’enseignants avec les élèves: Avec 30 élèves par classes, on ne peut pas apprendre comme ça !

En grève le 26 janvier !

L’histoire de ce quartier est bien évidemment à généraliser à l’échelle nationale, 200 classes sont fermées sur le seul département de Seine-et Marne qui est pourtant en pleine explosion démographique, notamment la ville nouvelle de Marne-la-Vallée.

La raison ? À budget constant, le rectorat de Créteil se voit dans l’obligation d’aider davantage la Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de France. Évidemment que celui-ci a besoin d’aide supplémentaire mais on ne peut sacrifier les jeunes du département voisin qui a, lui aussi, son lot de misère. Ce serait faire du socialisme à géographie variable…

Pour couronner le tout, la réforme du collège prévu pour 2016 n’annonce rien qui vaille : baisse des horaires disciplinaires, aide « personnalisée » en classe entière (ce n’est pas une blague), possibilité de mener des projets interdisciplinaires avec un seul professeur (ce n’est toujours pas une blague) et surtout l’attaque faite à la mixité sociale en supprimant dans de nombreux établissements des classes européennes et l’option des langues anciennes.

A cela s’ajoute une pénurie de candidats à l’enseignement secondaire. Les étudiants se détournent logiquement d’un métier dévalorisé, cela signifiant que les concours sont plus accessibles et le niveau des futurs enseignants revu à la baisse. Le manque d’enseignant, notamment sur l’académie de Créteil, oblige le rectorat à recruter en vacations ou en contrats à l’année des personnes diplômées d’une licence qui, parfois, ne correspond pas à la matière qu’ils enseignent (ce n’est, malheureusement, toujours pas une blague). Des enseignants qui, faut-il peut-être le rappeler, n’ont pas été formés.

Plus que jamais, la grève du mardi 26 janvier s’annonce massive tant l’exaspération est grande chez l’ensemble des enseignants, de la maternelle au lycée. Nous ne pouvons accepter d’être les témoins passifs de cette politique aux antipodes de nos attentes.

Il serait ainsi de bon ton, madame la Ministre, de décréter l’État d’urgence dans l’éducation !

Des images pour comprendre, les valeurs de la République s’affichent

images pour comprendre

Martin Ferrer, un étudiant aux beaux-arts, a mis en place un atelier avec 75 élèves du collège Corot de Chelles afin d’élaborer des affiches mettant en avant les valeurs républicaines et les principes qui en découlent. Le vernissage de l’exposition intitulée « des images pour comprendre » avait lieu samedi 12 décembre. Entretien avec ce jeune artiste pas ingrat…

Tu peux te présenter ?

Je m’appelle Martin Ferrer. J’ai 22 ans et suis originaire de Chelles en Seine-et-Marne. J’ai un BTS en graphisme et un diplôme national d’art plastique en communication. Je suis actuellement étudiant en quatrième année à l’école des beaux-arts de Nancy pour y obtenir le diplôme national supérieur des beaux-arts en communication également. Dans le cadre de mon mémoire, je travaille sur le rapport du graphisme à l’école.

Quelles sont tes inspirations ?

Il y a beaucoup de choses qui m’inspirent, mais j’ai surtout une culture de l’affiche et du graphisme. Notamment les graphistes issus du collectif Grapus qui ont oeuvré dans le milieu du graphisme d’utilité publique dans les années 70-80. Les graphistes eux mêmes issus de ce collectifs sont mes plus grandes références, comme Vincent Perrottet avec qui je travaille en ce moment ou Pierre Bernard qui a notamment signé les affiches du Secours Populaire. Ce grand graphiste nous a quitté il y a quelques semaines.

Pourquoi cette exposition ?

 

Je pense que le graphisme est un formidable outil d’expression et d’émancipation intellectuelle. Avec tout ce que l’on a vécu cette année, de Charlie Hebdo jusqu’aux attentats de novembre en passant par la montée du FN, je voulais transmettre et partager les outils d’expression par l’image que j’ai appris dans mon domaine. C’est important de donner la parole aux élèves et de les sensibiliser par les images en général.

 

Pourquoi des collégiens ?

Le collège est une étape décisive dans la vie d’un jeune. Beaucoup de choses se jouent au collège. Quand il arrive, l’enfant possède un
e espèce de neutralité sur tout. Il commence à se forger une conscience critique durant l’adolescence, il prend conscience du monde qui l’entoure, c’est durant le collège que commence à se dessiner sa personnalité. À cet âge là, on s’identifie à un groupe, à une façon de penser qui va influencer sa pensée future sur le monde. C’est encore plus visible dans les collèges de banlieue. C’est donc important de leur donner de nouvelles clés pour comprendre les valeurs importantes de notre société.

Comment as-tu organisé tes ateliers avec les élèves ?

J’ai eu trois heures de suite avec trois niveaux différents.

J’ai demandé à chaque classe de faire des groupes autour des notions suivantes : liberté, égalité, fraternité, laïcité, solidarité, diversité, vivre ensemble et respect.

J’ai d’abord travaillé avec les cinquièmes, chaque groupe a fait un brainstorming autour de la notion sur laquelle ils ont décidé de travailler. Durant l’heure suivante, les quatrièmes ont écrit des phrases à partir des mots trouvés par les cinquièmes. Lors de la dernière heure, les sixièmes ont conclu en illustrant le travail de leur camarades.

 

 

C’est un collège difficile, comment as-tu trouvé les élèves ?

Ils étaient très appliqués, ont vite compris le principe : s’exprimer graphiquement en partant des notions exposées. C’était assez naturel sauf peut être pour la laïcité, qui est une notion plus complexe pour eux. C’est d’ailleurs les groupes qui ont eu le plus de mal.

J’ai laissé les élèves constituer leurs groupes eux mêmes par affinités, et forcément les plus turbulents étaient ensembles. Ces groupes là étaient toujours autour de la notion de liberté !

Au départ, ils ont eu du mal à se concentrer, j’ai dû alors passer plus de temps avec eux pour leur expliquer les enjeux de l’atelier et finalement ils ont bien travaillé. Ils ont écrit ou dessiné de belles choses, drôles et spontanées qui aboutissent notamment à ce slogan sur l’une des affiches : « grâce à la liberté, je peux boire du thé à volonté ! ». Ils ont dans l’ensemble tous été très ouverts, très dynamiques et leur attitude fut un appel pour moi à en faire encore plus.

Tu as fait des affiches très colorées, pourquoi ?

La couleur apporte du dynamisme aux affiches, elle attrape le regard en quelque sorte. Toutes les couleurs choisies ont un lien direct avec la notion. Le violet pour la laïcité car cette couleur fait référence au sacré dans la culture chrétienne.  Le bleu pour la liberté car c’est la couleur du ciel et des océans, de l’infini en somme. Le vert fait référence à la nature, la sagesse et par extrapolation au respect. Le rouge, c’est la couleur de l’amour, de la chaleur et donc de la solidarité, de la fraternité. On retrouve souvent chez les publicitaires cette couleur pour faire appel à la solidarité comme le Sidaction par exemple. L’orange et le jaune, ce sont des couleurs chaudes, faisant référence au soleil et donc à la diversité, la mixité, le vivre ensemble.

On voit des visages d’élèves pris en photo sur ces affiches, pourquoi ce choix ?

Ces affiches seront exposées dans tout le collège et sont adressées aux élèves. Je voulais ainsi ramener un rapport direct du regardeur et du regardé. J’ai essayé de ramener du sensible à l’image, forcément les élèves vont se reconnaître, reconnaître leurs camarades et d’un coup l’intérêt envers l’image grandit. C’est un peu une clef d’entrée à la compréhension de l’image.

 

Pourquoi as-tu choisi ton collège d’origine ?

Ce collège de banlieue est plein de diversité. Cela a été formateur pour moi, un vecteur d’ouverture même. Quand je me retrouvais dans des endroits cosmopolites, ça allait de soi après mon passage dans ce collège… Le vivre ensemble, je l’ai vraiment découvert dans ce collège. Et c’est la valeur la plus menacée dans cette société, donc je suis revenu aux sources tout naturellement.

J’aime la France

wpid-wp-1424808769387.jpeg

J’aime la France
Son drapeau tricolore
Surtout le bleu et le rouge
Le peuple que l’on honore
Les couleurs de ma ville

J’aime la France
De la résistance
Le Vercors et ses roches blanches
Qui éclairent la vallée de l’Isère
Région de ma mère

J’aime la France
Que l’on découvre ébahi
Dune du Pilat
Calanques de Cassis
Cap Fréhel
Mont Blanc
Gorges de l’Ardèche
Plages des Salines

J’aime la France
Et ses monuments
Ses cathédrales
Ses rues  médiévales
Un patrimoine si bien conservé
Que l’on exhibe de toute fierté

J’aime la France
Et ses grands hommes
Victor Hugo
Jean Jaurès
Léon Blum
Jean Moulin…

J’aime la France
Sa liberté
De s’exprimer
De croire ou non
De protester
De se moquer

J’aime la France
Celle qui aide
Qui tient la main
Qui refuse la misère
Qui combat la maladie
Ceux qui méprisent ne l’aiment pas

J’aime la France
Terre d’asile
Pour tous ceux qui ont soif
De liberté et de paix
Elle en oublie mais qui fait mieux ?

J’aime la France
Ses métissages
Ses couleurs
Ses diversités
Ses quartiers qui font voyager

J’aime la France
Celle de mes amis d’enfance
De toute origine
C’est la France qui nous a réunis

J’aime la France
Qui fait la fête
Un soir d’été
Merci les bleus
Merci Zidane

J’aime la France
Quand on la quitte
Toujours content de revenir
Malgré le froid
Malgré la pluie

J’aime la France
Avec ses défauts
Avec ses maladresses
L’ignorer
C’est ne pas l’aimer

J’aime la France
Et je la critique
Rouspéter, se révolter,
Ne jamais être content
Profil type du bon Français

J’aime la France
Et j’espère des changements
De société
De politique
De mentalité
L’espérance c’est sacré

J’aime la France
Et je suis Français
Fier de l’être
Fils d’un immigré
Mais Français

JiairK

Photographie du Vercors  prise du village de Saint Hilaire du Rosier (Isère)

Fanny Genoux, la photo dans la peau…

"Ombres chinoises" @Fanny Genoux

Professeur documentaliste en banlieue parisienne puis à Nice, Fanny Genoux ne s’arrête jamais de photographier. Sa passion, elle l’a transmise aux élèves lors d’ateliers de photographie, qui seront à l’origine de belles expositions, dont une, mettant en scène la communauté éducative de son collège en train de sauter (« Jumpology » à la manière de Philippe Halsman). Je lui dois ainsi la photo du logo de mon blog.

Depuis deux ans, elle expose enfin ses photographies qui révèlent un talent indéniable et les multiples facettes de sa personnalité. Ses plus belles photos sont référencées sur son site personnel.

 Partie 1/  Présentation photogénique

Ta première photo ?

Ma toute première photo devait certainement être celle de mon chat !  Mais, c’est lorsque j’ai intégré l’option facultative Arts Plastiques, en classe de première, que j’ai fait ma première photo « pensée ». J’ai consacré ma toute première pellicule à photographier le vieux Nice et le bord de mer.

"Croix" @ Fanny Genoux
Vieux Nice,tirage argentique numérisé, 1ère pellicule, Géométries urbaines @ Fanny Genoux

Celle dont tu es la plus fière ?

C’est variable, je n’ai pas vraiment de photo favorite, mon point de vue change au fur et à mesure que je photographie. Actuellement, la photo dont je suis la plus « fière » est peut-être celle qui a inspiré la série « Ombres niçoises », sur laquelle on voit trois silhouettes marchant à la queue leu leu.

"Ombres niçoises" @Fanny Genoux
Ombres niçoises @Fanny Genoux

Le meilleur moment de la journée pour une photo ?

La lumière est un facteur crucial pour réussir une photo, Nice et ses environs étant plutôt très lumineux, c’est une chance. En fonction de ce que l’on recherche on peut choisir de sortir plutôt à tel ou tel moment de la journée.

En hiver, par exemple, j’aime bien sortir le matin ou en début d’après-midi quand le soleil est bas, les silhouettes bien marquées et que les ombres s’étirent. C’est aussi le bon moment pour avoir de beaux contre-jours.

Mais je suis assez heureuse lorsque la pluie arrive car les lieux ne sont plus les mêmes, les couleurs changent, les ombres disparaissent, j’essaye de sortir dans ces moments-là.

"Pendant la pluie " @Fanny Genoux
Ombres niçoises @Fanny Genoux

Le pays le plus photogénique s’il fallait n’en retenir qu’un ?

L’Inde, comme le Népal, peuvent être considérés comme des pays très photogéniques, car les couleurs y sont très vives, tant au niveau des vêtements que des bâtiments et des paysages.

Poules.jpg
Poules, bidonville de Gaya, Inde, Comédie humaine @Fanny Genoux

Mais en définitive je trouve que la France est un très bon terrain de jeu pour les photographes !

Le mot pour définir le mieux tes photographies ?

Je sais pas trop. La seule chose que je peux dire c’est que je ne fais jamais de mise en scène, que je cherche à capter l’instant, à raconter une histoire, en cela je fais de ce que l’on appelle de la « Photographie de rue » ou « Street photography » , Cartier Bresson m’inspire beaucoup .

Mais cela n’est pas vrai pour toutes mes photos, au début et pendant assez longtemps, je cherchais plutôt à capturer des scènes sans personnages, pour ne garder que la géométrie du lieu comme c’est le cas pour la plupart des photos de la série  Géométrie urbaine . Autre série, sans présence humaine, celle intitulée  Estampes.

Instant @Fanny Genoux
Le plongeon, Opatija, Croatie, Comédie humaine @Fanny Genoux

Une couleur que tu aimes particulièrement ?

Le bleu.

"Couturier" @Fanny Genoux
Couturier, Katmandou, Népal  Comédie humaine@Fanny Genoux

 Partie 2/ Photopsychanalyse…

Il y a une galerie intitulée Géométrie urbaine sur ton site, tu es plutôt carrée dans la vie ou du genre à arrondir les angles ?

Je suis plutôt du genre à arrondir les angles ! Mais en photographie je recherche les lignes, les alignements, les répétitions, la superposition, le rythme … la géométrie !

"Lignes" @Fanny Genoux
Lignes, Poitiers Géométries urbaines @Fanny Genoux

Il y a beaucoup de jeu d’ombres dans tes photos, cela révèle-t-il un trait de caractère ?

En photographie il est beaucoup question d’ombre et de lumière. Et depuis récemment c’est un sujet qui m’attire particulièrement. Quant au trait de caractère, qui sait, chacun n’a-t-il pas sa part d’ombre ?

ombres niçoises @Fanny Genoux
Ombres niçoises @FannyGenoux

Tu as fait pendant un temps de très belles photos couleur notamment pendant tes voyages, et tu es revenue au noir et blanc depuis ton retour sur Nice, pourquoi ?

J’ai débuté avec le noir et blanc, j’avais un appareil argentique et je développais moi-même mes photos, uniquement en noir et blanc. Lorsque je suis passée à la photographie numérique j’ai dans un premier temps continué à travailler en noir et blanc, je trouvais qu’il était plus adapté aux sujets que je traitais.

Petit à petit j’ai voulu essayer la couleur et cela a en partie coïncidé avec mes voyages. J’ai pris conscience que je ne traitais pas les mêmes sujets en couleur et en noir et blanc.

Depuis mon retour à Nice c’est vrai que je travaille plus en noir et blanc, notamment parce que la lumière, plus vive, m’y incite et que je m’intéresse en ce moment aux ombres. Je continue cependant à faire certaines photos en couleur comme celles de la série « Vue d’ici », ou encore certaines photos récentes de la série « Comédie humaine ».

@Fanny Genoux
Vue d’ici, Nice @Fanny Genoux

Quelques photos sont légèrement moqueuses. La photo te permet elle d’entrouvrir des facettes de toi que ton entourage ne connait pas trop ?

Pour certaines d’entre elles, oui elles sont légèrement moqueuses, c’est vrai. Il y a des situations ou des personnages cocasses qui prêtent à sourire et j’aime bien capter ces moments-là.

Comédie humaine , Nice @Fanny Genoux

Partie 3/  Zoom sur son parcours

CV FANY

 

Accords COP 21 : Quel impact au Maghreb ? Un climatologue tunisien fait le point

salem dahech

Salem Dahech est chercheur à l’université de Sfax et rattaché au laboratoire Prodig de l’université Paris Diderot. C’est un spécialiste du changement climatique et de la pollution en milieu urbain. Entretien sur ses travaux proposés à la COP 21 et surtout l’application des accords conclus, en Tunisie et en Afrique du Nord d’une manière générale.

Quel était le sujet de votre intervention à la COP 21 ?

Nous avons dévoilé au Grand Palais une recherche de 2002 à 2015 mettant en avant les défaillances des villes du pourtour méditerranéen face au changement climatique à différentes échelles: la morphologie urbaine, l’architecture et les  défauts de constructions.

Nous avons proposé des solutions pour ces différents problèmes qui concernent l’agglomération, le quartier  et le logement, individuel ou collectif.

Quelles mesures d’urbanisme proposez-vous pour réduire la surchauffe urbaine ?

Pour les villes, il faut les dédensifier  avec des trames  vertes  qui entrecoupent la ville  à condition d’avoir de l’eau  et en  s’adaptant au climat local, évidemment.

Dans l’organisation des nouveaux quartiers, on doit profiter des vents rafraichissants  et donc réfléchir sur l’orientation des rues, leur  largeur et leur  encaissement pour ainsi  favoriser la ventilation naturelle et améliorer ainsi  le confort thermique.

Pour les logements enfin, la couleur des façades, claire,  doit être privilégiée pour favoriser l’albédo (réflexion).

On doit aussi agir au niveau de l’exposition des ouvertures et leurs protections, mieux choisir les  matériaux de construction,  éviter les baies vitrées dans les pays du sud, entretenir les toits et  assurer une bonne isolation  des logements.

Est-ce que le financement européen de certaines de vos recherches vous a laissé la possibilité d’apporter un point de vue différent durant cette COP 21 ?

On dépend pour ce qui est du matériel  et du financement des universités et laboratoires européens mais je pense que l’on prend en compte nos avis et je n’ai pas ressenti de  condescendance des experts du nord sur ceux du sud.

Mon groupe de recherche ( Réseau MC3, Mediterranean Cities and Climate Change,  initié par le laboratoire LPED de l’université Aix- Marseille réunissant des chercheurs de quinze pays du pourtour méditerranéen)   confronte nos idées.

Les solutions devant être adaptées au contexte local,  on a besoin de notre expertise. A l’échelle tunisienne par exemple, il n’y a pas les mêmes dérèglements climatiques au nord et au sud, la désertification du sud et des inondations très violentes dans le nord pour faire simple.

Plus  généralement,  les chercheurs ne sont pas influencés par les gouvernements, on s’exprime librement en Tunisie comme en Europe. Cependant, nos avis et expertises restent souvent dans les tiroirs des  décideurs qui en font ce qu’ils veulent.

Y a-t-il une vraie prise de conscience au Maghreb de cette crise climatique?

On commence juste  à prendre conscience du changement climatique. Il n’y a pas un ministère de l’environnement en Tunisie par exemple.  Il n’y a pas non plus de  stratégie d’adaptation ni  de politique de réduction des gaz d’émission à effet de serre.

Le climat est accessoire, le chômage, les problèmes socio-économiques, l’insécurité,  le terrorisme sont prioritaires. Les industries polluantes fleurissent à Tunis, Sfax, Gabes et dans le bassin minier autour de Gafsa.

Dans la loi tunisienne,  pour chaque industrie, il faut une étude d’impact environnemental et l’expert qui décerne l’habilitation  est payé par l’entreprise…

Concernant les transports, on ne fait même pas l’effort de faire rouler nos bus au  gaz alors en  biocarburant …C’est même le contraire avec la contrebande de  carburants libyens dont on ne vérifie pas la qualité.  Le contrôle technique du parc automobile est aussi déficient, les  appareils de mesure ne fonctionnent plus à Sfax par exemple, la seconde ville du pays. On voit ainsi rouler des voitures de plus de cinquante ans qui polluent énormément.

L’Etat n’a également  aucun  contrôle sur l’architecture. Il y a des baies vitrées de partout qui surchauffent les logements.  On est ainsi allé vers la généralisation des  climatiseurs électriques (à prix abordable sur le marché parallèle) qui rejettent beaucoup de gaz vers l’extérieur.

Pour les  matériaux de construction et d’isolation, les produits sont sur le marché (polystyrène, laine de roche, double vitrage) mais il n’y a aucune subvention de l’Etat pour en profiter : cela coute beaucoup trop cher dans un pays où le salaire minimum s’élève à 140 euros par mois.

Enfin,  concernant l’énergie solaire, les Allemands ont un  projet de construction d’une gigantesque centrale photovoltaïque dans la région de Tozeur mais il semblerait que ce soit pour alimenter uniquement le réseau européen ce que l’on peut regretter.

Pensez-vous-vous que les Etats du sud  réinjecteront  l’ensemble des aides financières versées pour lutter contre le réchauffement climatique ?

On  donne déjà de l’argent dans quelques domaines comme la recherche, le contrôle de l’air et le financement d’ONG mais le suivi devrait être sous la tutelle d’un organisme international contrôlant toutes ces actions.

Il faut des procédures de contrôle et de mise en œuvre de cet argent.

Il y a des associations  pour la protection de l’environnement au Maghreb mais on ne leur donne pas de responsabilité.

Il faut aussi  impliquer les chercheurs et les laboratoires indépendants  dans les négociations avec les entreprises pour éviter que  cela reste entre l’Etat et les industriels.

salem dahechComment va se mettre en place la  mesure de la pollution de l’air indispensable dans cette lutte ?

Il n’y a pas d’équivalent d’Airparif en Tunisie. Les européens ont déjà  installé des stations d’observation de la qualité de l’air et des différents polluants comme l’ozone et le CO2 mais elles sont mal entretenues.

Elles sont gérées par l’agence nationale  de la protection de l’environnement qui ne communique aucune information à la population, il n’y pas de système d’alerte.

Les mesures doivent être prises en toute indépendance  et il faut donc ouvrir la porte aux chercheurs !

Si le nord avait à imposer quelque chose sur le sud, ce serait notamment dans  l’accès aux informations sur la qualité de l’air.

Enfin, des collaborations interdisciplinaires sont aussi nécessaires pour améliorer la qualité de l’air, par exemple entre  industriels, météorologues et climatologue.

Est-ce que cet accord signé durant cette  COP 21 va enfin influencer les pays du sud à modifier leur comportement vis-à-vis de l’environnement ?

Même si il y avait eu des contraintes sur les Etats,  les contrôles sont très difficiles à réaliser. C’est donc une question de confiance.

J’espère une réaction de l’Etat tunisien. Il subventionne déjà les chauffeaux solaires et des panneaux photovoltaïques  dans le cadre d’une utilisation privée.

Pour les inondations, il faut mettre en place des  alertes précoces en faisant collaborer la protection civile, les services météorologiques, les géographes, les urbanistes et les architectes…

Nous devons aussi investir dans nos transports en commun qui sont défaillants, nos chemins de fer, et faciliter le renouvellement du parc automobile.

La population doit aussi avoir une prise de conscience ce qui n’est pas encore le cas. Il suffit d’observer  la façon de conduire des gens et les décharges sauvages dans tout le pays !

Mon petit tchétchène

Ecole à Grozny, 2014 Elena Fitkulina/AFP

Djamalay venait me voir parfois, discrètement, à la fin du cours le jeudi soir. « Ils n’ont toujours pas traité notre dossier, on doit encore attendre » me disait-il très dignement comme si ce n’était pas si grave…

Avec sa famille, il était pourtant dans une situation plus que précaire. C’est son professeur principal qui nous avait appris la nouvelle en janvier. Le centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) qui les logeait dans des conditions décentes depuis leur arrivée en France en 2012 ne pouvait maintenir leur hébergement sur notre commune.

En décembre, le droit d’asile politique leur avait été refusé et ils étaient ainsi sous le coup d’une obligation de quitter le territoire. Cette famille de sept enfants devait ainsi rentrer en Tchétchénie,une dictature voulant effacer toutes traces de conflit et où le papa avait subi des sévices…

Depuis début février, la famille était donc mise à l’abri par le Samu social, le 115, avec des changements d’hôtels fréquents, souvent éloignés de notre collège. Malgré tout, les parents tenaient à scolariser leurs enfants, dans les écoles, collège et lycée de la commune.

Durant cette épreuve, Djamalay a toujours gardé cette tête haute malgré la fatigue de plus en plus visible et même s’il ne pouvait camoufler ce regard poignant, celui d’un enfant qui a perdu depuis longtemps son insouciance.

Lorsque le 115 ne réussissait pas à leur proposer de logements, la famille restait dans leur voiture et les nuits étaient agitées. Les collègues de l’école primaire faisaient parfois dormir les plus jeunes de ses frères dans le dortoir de l’école maternelle la journée. On était nombreux à vouloir en héberger un, deux, plusieurs…Mais ils voulaient rester unis dans cette galère.

En février, son professeur principal, très investie, avait réuni tous les adultes œuvrant pour la famille : instituteurs, professeurs, représentants du CADA et du réseau d’éducation sans frontière (RESF), des personnes formidables. Il fallait organiser des collectes assez régulièrement pour les aider à payer des factures d’essence et de nourriture. À la sortie de cette réunion, furieux, j’avais explosé de colère. Comment accepter d’un pays comme le nôtre un tel mépris de la souffrance humaine. Un gouvernement de gauche qui plus est.

J’étais uniquement son professeur d’éducation civique. Je ne le voyais qu’une heure par semaine. J’aurais préféré lui enseigner l’histoire et les civilisations antiques. Dur en effet de faire cours sur les droits des enfants. Un cours de niveau sixième où on est censé leur expliquer que notre pays permet aux enfants de s’épanouir pendant que d’autres en Asie ou en Afrique sont exploités et risquent même leurs vies, à l’instar d’Iqbal Massih.

Au premier rang, Djamalay m’écoutait avec attention, lui qui se demandait chaque semaine ou il allait dormir. Lui qui craignait chaque jour un simple contrôle routier lors des 100 km aller-retour quotidien pour venir étudier. J’ai évité son regard un temps puis j’ai décidé de parler de son pays à l’ensemble de la classe. Projetant une carte de la fédération de Russie, il était tout fier de lire le nom de sa ville écrite en alphabet cyrillique. Il nous a parlé alors de son école, de sa vie quotidienne la bas dans un pays en guerre. La classe l’a écouté religieusement.

Quand Politis a offert quelques pages en mars dernier à mes apprentis journalistes, on avait voulu parler de lui, de sa famille mais c’était prendre le risque d’une dénonciation. Un des élèves avait ainsi traité de la Tchétchénie, un pays oublié par l’Europe, un pays riche en hydrocarbure faisant le bonheur de Gazprom, premier distributeur de gaz au monde. La France ne pouvait donc reconnaître ce conflit. Et puis Poutine l’avait dit, les indépendantistes tchétchènes, c’est ses terroristes islamistes à lui.

On a salué les parents en juin lors d’une dernière réunion, tous désolés de leur situation et craignant qu’ils finissent par se faire expulser.

En septembre, Djamalay ne s’est pas présenté à la rentrée. Sa famille avait obtenu un logement dans une autre ville et opté pour des établissements scolaires à proximité, évitant des trajets trop coûteux en essence et trop risqués aussi.

Et puis, il y a quelques jours, la bonne nouvelle est tombée.

La famille a enfin obtenu le statut de réfugiés politiques après un long combat de trois ans. C’était inespéré. Le formidable travail effectué par le CADA, RESF, les instituteurs et son professeur principal a payé.

Bien sûr, d’autres cas comme le sien sont légion et on ne doit pas oublier tous ces enfants. Mais une nouvelle comme ça, en cette période bien terne, c’est un rayon de soleil qui perce des nuages de désolation.

 

Quatre collégiens face à Macron

Emmanuel Macron invité du "Supplément". Ali Baddou et des collégiens du collège Camille Corot à Chelles

En hommage à Fanny Minot et toutes les autres victimes des attentats de Paris…

Vendredi 13 novembre, 17h30, studio 102 de la plaine saint Denis, Aubervilliers

Katarina, Elodie, Ayoub et Zachary sont félicités par le ministre de l’économie Emmanuel Macron qui salue ensuite toute l’équipe duSupplément de canal plus avant de quitter les studios. Ainsi s’achève, pour ces quatre élèves de troisième une aventure extraordinaire.

Le vendredi précédent, sollicité par un employé de Bangumi, la société qui produit l’émission, un journaliste du Parisien avait sans hésité proposer notre collège. En avril, il avait fait un article sur six élèves de mon journal scolaire Le Petit Corot qui avaient écrit pour Politis dans le cadre de la semaine de la presse à l’école. Cela l’avait marqué.

Lundi 9 novembre 10h30, collège Camille Corot, Chelles

Le principal me convoque pour m’annoncer la nouvelle. Le service communication du rectorat de Créteil l’a averti . Nous sommes sélectionnés. Je ne pensais pas que ça irait si vite ni que l’émission serait programmée pour la fin de semaine.

Il faut vite choisir les quatre élèves qui doivent tous être issus de la même classe de troisième. Sans hésiter, le choix des garçons se porte sur Ayoub et Zachary qui écrivent depuis longtemps dans le journal avec en plus un domaine de prédilection, le sport et la politique. Ils font partis des six élèves à avoir écrit pour Politis (Sur la Tchétchéniepour Ayoub et sur la fin de vie pour Zachary). Conseillé par les professeurs de la classe, Katarina et Elodie sont unanimement choisies, des élèves studieuses avec une bonne élocution, le critère principal pour passer à la télévision.

Une fois les cours finis, j’appelle le journaliste Benjamin Delsol qui me décrit la semaine. Téléphone sur haut parleur, les quatre élèves retenus ont un énorme sourire en réalisant ce qui les attend. Cette semaine s’annonce chargée pour eux mais aussi pour l’équipe de direction qui doit assurer de bonnes conditions pour le tournage sur place et gérer les autorisations de prise de vue pour une quarantaine d’élève amenés à être filmés. Le principal et son adjoint découvrent les quatre élèves retenus. Ils sont satisfaits et leur rappellent la chance qu’ils ont.

Mardi 10 novembre, salle de réunion du collège, 12h40

préparation

Les journalistes Aurélia Perreau et Benjamin Delsol font connaissance avec les élèves à la pause déjeuner. Très vite, la personnalité de chacun d’entre eux ressort et nous donne des pistes de questions à poser au ministre. Celui-ci après un bref cours d’économie doit répondre aux questions d’élèves novices sur ce sujet.

Zachary, le seul politisé de la bande plante le décor : je lui demanderai pourquoi il affirme être de gauche alors qu’il prend des mesures libérales ! Ses explications et la maturité qu’il affiche étonnèrent des journalistes. Pour lui aucun soucis, il pourra même réagir sans problème aux explications du ministre.

Ayoub, plus préoccupé par la chose sportive aimerait demander au ministre les raisons pour lesquelles nos meilleurs joueurs de football quittent le championnat français pour jouer à l’étranger. Le club préféré du ministre et l’arrivée des qataris au PSG sont aussi des questions envisagées. Les deux journalistes semblent emballer.

Quand aux filles, un peu plus intimidées, elles sont hésitantes. Élodie est plus préoccupée par les études et les moyens de réussir. Je lui propose de faire un rapprochement entre la crise des années trente qu’elle vient d’ étudier et celle d’aujourd’hui mais cela ne l’emballe pas.

Katarina, la plus ancrée dans son âge se voit bien lui poser des questions cherchant à savoir si le ministre est vraiment connecté sur son temps : musique, cinéma, réseaux sociaux…

On leur demande de lire une biographie du ministre pour se donner des idées et commencer à prendre des notes.

Les journalistes, pleins de bienveillance à leurs égards les guideront tout au long de la semaine pour trouver des questions collant au mieux à leur personnalité. Les adolescents n’ont pas servi d’alibi ou de pantins pour interroger le ministre. C’est même le contraire. On leur a laissé le temps de réfléchir et poussé même à être impertinent si besoin. J’ai apprécié à sa juste valeur cette honnêteté et le professionnalisme de toute l’équipe.

Mercredi 11 novembre, à Chelles, chez les élèves, toute la journée

zachary chambre
Les adolescents sont filmés dans leurs chambres pour faire un petit reportage sur eux. Ils ont dû la ranger sans que leurs parents ne leur demandent. Merci Canal. Aurélia Perreau m’appelle le soir pour me faire un petit compte rendu. Tout s’est bien passé.

J’appelle le soir les familles de Zachary et Ayoub pour savoir si cela ne les a pas trop chamboulé. Ma collègue du club journal se charge des familles d’Elodie et de Katarina. Elles sont toutes contentes à l’idée de voir leurs enfants sous le feu des projecteurs. Il faut dire qu’ils vivent une expérience unique.

Jeudi 12 novembre, 13 heures, salle informatique du collège

C’est le jour du tournage au collège, dans leur classe d’abord puis dans le club journal que j’anime depuis 10 ans. Pour moi aussi c’est une consécration, après la collaboration en mars dernier avec Politis, je ne pouvais rêver mieux pour mes apprentis journalistes.

conf redac

Filmés, nous faisons donc avec ma collègue une conférence de rédaction durant laquelle j’annonce aux élèves que leurs quatre camarades vont participer à l’émission et qu’eux aussi pourront y assister dans le public, un beau cadeau offert par la production qui assure même le transport, plan vigipirate oblige. Des membres de leurs familles sont également invités.

Cette équipe de journalistes est jeune. Une majorité d’élèves de sixième et cinquième. Je leur demande s’ils ont des questions à proposer à leurs camarades. Un peu naïves, elles sont néanmoins intéressantes, crise, chômage, comment faire des économies, voilà les thèmes qui ressortent. Une élève de quatrième propose de questionner le ministre sur la perte du classement en zone d’éducation prioritaire de l’établissement l’année dernière. Notre lutte l’avait marquée. Sourire gêné chez nous, cela ferait trop question d’adultes et ce n’est pas l’objecif. L’ensemble des professeurs avaient pourtant beaucoup de questions à lui poser…

Fin de cette conférence de rédaction extraordinaire. Un dernier débriefing a lieu entre la journaliste Aurélia Perreau et la bande des quatre. Ils doivent réaliser chacun une fiche pour le lendemain avec leurs questions.

Vendredi matin 10h, direction les studios de la plaine Saint Denis

voyage studio
Je reçois un SMS d’une compagnie de taxi me prévenant qu’il nous attend devant le collège. Pas habitué à ce genre de privilèges, la journée commence bien. Direction Aubervilliers et les studios de la plaine saint Denis.

Zachary, Ayoub, Élodie et Katarina sont excités. On le saurait pour moins. La CPE et l’équipe de direction leur souhaitent bonne chance. Cet événement est vécu comme une fierté par l’ensemble de la communauté éducative.

Dans le taxi, nous rédigeons au propre les fiches avec les questions qu’ils poseront en nous aidant d’un SMS envoyé par Aurélia.

Katarina interrogera le ministre sur la raison pour laquelle tous les réseaux sociaux sont américains et si elle pourra un jour se lancer en France dans la création d’un réseau social. Elle doit finir par demander au ministre s’il est d’accord pour un snap’ (photo furtive sur le réseau social snapshat, le préféré des collégiens) et au cas où il comprenne, faire un selfie avec lui. Elle est très contente. C’est un sujet quelle maîtrise.

Élodie lui demandera si elle peut réussir à faire une carrière comme lui voir même devenir milliardaire en étant issue d’une classe sociale ouvrière vivant dans une banlieue populaire. Elle aussi est à l’aise avec ce thème. Je suis rassuré car elles ont été un peu prises par l’émotion toute la semaine au contraire des garçons très détendus. Eux garderont leurs questions initialement prévues et réagiront en fonction des réponses.

À l’arrivée au studio 102 de la plaine Saint Denis, les élèves sont accueillis et salués par leurs prénoms ce qui les l’interpellent. Une loge les attend avec un petit déjeuner. Ils vivent un rêve. Les journalistes passent les voir pour s’assurer que tout va bien. Ils ne peuvent aller mieux.

Petite lecture des fiches ensemble pour s’assurer qu’ils maîtrisent leurs questions. Télévision, SMS, réseaux sociaux, arrive le temps de la répétition avec Ali Baddou.

répétition
Le présentateur les salue et les met aussi à l’aise. En coulisse j’observe tout cela totalement fasciné. Cela s’annonce bien et Zachary est impressionnant de réactivité face à un membre de l’équipe qui joue le ministre. Le producteur de l’émission Laurent Bon intervient aussi pour les conseiller. Fin de la répétition.

C’est l’heure du déjeuner avec l’équipe. Les élèves sont détendus. Puis vient le temps du maquillage qui ravit les filles et un peu moins les garçons.

Vendredi, 15 heures, Enregistrement de l’émission au Studio 102

Je dois les quitter pour aller rejoindre le public car l’émission s’apprête à commencer. Ils arriveront en toute fin de programme. Premiers moments de tension pour moi mais aussi pour eux. Je les rassure comme je peux étant pris par l’émotion en réalisant qu’ils s’apprêtent à se jeter dans le grand bain. Ces trois jours ont été d’une telle intensité.

L’ émission passe à une vitesse grand V. Zoom sur la société Uber et son recrutement dans les banlieues, fermeture de l’usine sidérurgique de Sambre et Meuse dans le nord, les deux reportages sont très intéressants avec une vision très sociale. Emmanuel Macron répond sans se démonter face à des ouvriers de la société présents dans le public.

escalier
Mes stars arrivent pendant une coupure pub. Je leur jette un mot d’encouragement. Ils sont stressés. Faisant une entrée par de grands escaliers, ils prennent part autour de la table. Le ministre tient à les saluer individuellement. Le reportage sur eux est projeté. Petite déception car le reportage tourné au collège n’a pas été gardé. Les interview dans les chambres sont touchantes mais surtout très drôle : alors qu’Ayoub est logiquement passionné par So Foot, Zachary annonce naturellement que son dernier livre est le hareng de Bismarck de Mélenchon…Rire dans la salle

Vient le temps du cours dispensé par le ministre. Capitalisme, marxisme, le ministre tente d’expliquer des notions complexes que nous enseignons nous mêmes en troisième avec difficulté.

Les questions commencent, Ayoub assure même s’il n’a pas le temps de parler des qataris ni du club préféré du ministre qui traverse une période difficile (OM). Supportant le club d’Arsenal à Londres où évoluent cinq français, Ayoub lui demande donc comment faire pour retenir en France nos meilleurs joueurs. Pas de difficultés pour le ministre, il est dans son élément et explique le faible attrait des clubs français concernant les salaires. Zachary réagit en lui demandant s’il trouvait normal de tel salaire dans le foot. Il lui répond que non, évidemment.

Face à Élodie son discours libéral vire au social quand il lui répond à sa question posée avec beaucoup de sincérité : oui elle aura quatre fois plus de mal à réussir professionnellement en étant originaire d’une classe sociale ouvrière. Il lui assure qu’il se bat contre cela.

Katarina assure aussi sa question mais ne réussit pas à lui proposer un selfie, cela va si vite. Elle vanne les adultes en expliquant que Facebook n’est plus à la mode chez les jeunes et que même sa grand mère l’utilise, ce qui est d’autant plus drôle vu que celle-ci est présente dans le public. Le ministre lui explique qu’elle pourra créer sa boite à l’instar de Blablacar la startup « licorne » qui cartonne.

Zachary est le dernier à prendre la parole. Le ministre cherche à comprendre ce qu’il entend par mesures libérales, il lui répond du tac au tac : travail le dimanche, la nuit, et remise en cause des 35h devant le Medef. Le ministre surpris lui explique plutôt bien ses intentions avec finesse et humour. Zachary affirme qu’il ne prend pas des mesures socialistes. Le ministre lui demande ce qu’il entend par socialisme. Sans hésiter, Zachary lui répond faire du social en aidant les SDF par exemple. L’échange est vif et intéressant.

 

macron élèves
Emmanuel Macron invité du « Supplément ». Ali Baddou et des collégiens du collège Camille Corot à Chelles
Ali Baddou, Emmanuel Macron et les quatre élèves.Crédit : Jeff Lanet / CANAL+

L’émission s’achève. Une photo est prise avec Ali Baddou et Emmanuel Macron. Hésitant à prendre une photo avec l’homme qu’il a considéré comme son adversaire, Zachary rejoint ses camarades finalement. Un souvenir comme ça, il faut en garder une trace.

Il est l’heure de rentrer. Trois taxis nous attendent pour nous ramener à Chelles.

On passe devant le stade de France. Il est éclairé, c’est soir de match. On ne peut imaginer de la suite de la soirée.

Au collège, parents, CPE et équipe de direction sont là. Tout le monde est souriant et attend avec impatience la projection de l’émission le dimanche 15 à treize heures, le jour de gloire pour eux, pour nous aussi. Un collège difficile comme le notre, mis en avant de la sorte, c’est juste incroyable.

Le soir devant le match, en une seconde, l’annonce des attentats sanglants achève dramatiquement la journée et me fait oublier en un éclair la saveur de cette journée.

Le lendemain, un SMS du journaliste Benjamin Delsol m’annonce que l’émission ne sera pas projetée, remplacé logiquement par un direct spécial attentats. L’équipe est endeuillée. Une monteuse, Fanny Minot, est décédée au Bataclan. Je préviens les quatre familles par mail de l’annulation. Pas la force d’appeler.

Le lundi, les élèves sont déçus mais l’émotion suscitée par ce carnageprend ensuite le dessus. Et puis, on ne pourra nous enlever nos souvenirs. Dans leur classe, tout le monde les questionne sur cette journée sous les projecteurs. C’est surtout les coulisses qu’ils décrivent : petit déjeuner et friandise à gogo pour les garçons, maquillage et coiffure pour les filles … Des adolescents dans toute leur splendeur.

Finalement, l’émission est reprogrammée au dimanche 29 novembre à notre grande surprise.

Elle revêt à mes yeux un symbole encore plus fort après ces attentats. De la fierté de pousser vers l’excellence mes élèves de banlieue, Katarina, Elodie, Ayoub et Zachary, sont aussi le symbole du vivre ensemble plus fort que la barbarie cherchant à nous désunir.